« Je prends 35 € de l'heure, comme tout le monde dans le coin. » C'est la façon la plus répandue de fixer son taux horaire, et la plus sûre de ne jamais savoir ce qu'il rapporte. Un taux horaire ne se copie pas sur le voisin : il se calcule à partir de ce que vous voulez vous verser, de ce que votre entreprise coûte, et des heures qu'un client paie vraiment. Voici le calcul complet, avec un exemple chiffré et les deux erreurs qui font perdre plusieurs euros par heure.
Le principe : partir du revenu, pas du marché
Le prix du marché vous dit ce que les clients acceptent de payer. Il ne vous dit pas si ce prix vous fait vivre. Le bon ordre est l'inverse : on part du revenu net visé, on ajoute ce que ce revenu coûte en cotisations, puis ce que l'entreprise coûte à faire tourner, et on divise le tout par les heures facturables.
Ce n'est qu'après ce calcul que le marché redevient utile : si votre taux sort à 47 € et que vos concurrents affichent 40 €, vous savez que le problème est à traiter — en réduisant les charges, en facturant plus d'heures ou en assumant un positionnement plus haut — plutôt qu'à découvrir en fin d'année.
Le calcul en 4 étapes
Fixer le revenu net que vous visez
Ce que vous voulez vous verser chaque mois, avant impôt sur le revenu. Multipliez par 12 : vos congés ne sont payés par personne d'autre que vous.
Ajouter les cotisations sociales
Leur taux dépend de votre statut — et surtout, il ne s'applique pas à la même chose selon le statut. C'est la première erreur, détaillée plus bas.
Ajouter les charges fixes de l'année
Véhicule, assurances, outillage, local, téléphone, comptable : tout ce que vous payez même les semaines sans chantier.
Diviser par les heures facturables
Pas les heures travaillées : celles qu'un client paie. Les devis, les trajets et l'administratif n'en font pas partie. C'est la seconde erreur.
Erreur n° 1 : appliquer le même taux de cotisations à tous les statuts
Un micro-entrepreneur et un artisan au réel ne cotisent pas sur la même base. En micro-entreprise, le pourcentage frappe le chiffre d'affaires encaissé — donc aussi la part qui sert à payer vos charges. Au réel et en société, il frappe la rémunération.
| Statut | Cotisations : ordre de grandeur et base |
|---|---|
| Micro-entrepreneur | 21,98 % du chiffre d'affaires pour une prestation artisanale : 21,2 % de cotisations sociales, 0,3 % de formation professionnelle et 0,48 % de taxe pour frais de chambre de métiers (hors Alsace-Moselle). C'est le seul des trois taux qui soit fixé par les textes. |
| Indépendant au réel (EI, gérant majoritaire) | Environ 45 % de la rémunération nette. Un ordre de grandeur, qui varie avec le revenu : votre comptable a le chiffre exact. |
| Président de SASU | Environ 80 % du salaire net, charges patronales et salariales réunies. Un ordre de grandeur là aussi. |
La conséquence se lit dans la formule. En micro, il faut diviser : chiffre d'affaires = (revenu + charges) ÷ (1 − 0,2198). Au réel, il faut multiplier : chiffre d'affaires = revenu × 1,45 + charges. Ajouter « 22 % » à son revenu quand on est en micro, c'est oublier que l'Urssaf prélève aussi sur l'argent qui a payé le camion.
Erreur n° 2 : diviser par les heures travaillées
Vous travaillez 39 heures par semaine. Vous n'en facturez pas 39. Entre les visites de chantier, les devis du soir, les allers-retours chez le fournisseur, les relances et la comptabilité, une part de votre semaine n'est payée par aucun client.
- Les semaines : 52 dans l'année, mais 47 au plus si vous prenez les cinq semaines de congés d'un salarié — et moins encore avec les jours fériés, les intempéries ou un arrêt.
- Les heures non facturées : pour un artisan seul, compter 25 à 35 % du temps est courant. Mesurez-le sur un mois avant de retenir un chiffre.
Exemple chiffré : un artisan seul qui vise 2 500 € net
Prenons un plaquiste en micro-entreprise, avec les hypothèses suivantes :
- Revenu net visé : 2 500 € par mois, soit 30 000 € par an.
- Charges fixes : 750 € par mois, soit 9 000 € par an (véhicule, assurances dont la décennale, outillage, téléphone).
- 45 semaines travaillées, 39 heures par semaine, 30 % d'heures non facturées : 1 228,5 heures facturables.
Le calcul
- Chiffre d'affaires nécessaire : (30 000 + 9 000) ÷ (1 − 0,2198) = 49 987 €.
- Taux de revient : 49 987 ÷ 1 228,5 = 40,69 € de l'heure. En dessous, il ne se verse pas ses 2 500 €.
- Avec 10 % de marge : 40,69 ÷ 0,90 = 45,22 € de l'heure, soit environ 317 € la journée de 7 heures facturées.
Le même artisan, avec les mêmes charges et les mêmes heures, n'arrive pas au même prix selon son statut :
| Statut | Taux de revient → taux avec 10 % de marge |
|---|---|
| Micro-entrepreneur | 40,69 € → 45,22 € de l'heure |
| Indépendant au réel | 42,74 € → 47,49 € de l'heure |
| Président de SASU | 51,29 € → 56,99 € de l'heure |
Le calcul à l'envers : que vaut votre taux actuel ?
La question se pose le plus souvent dans l'autre sens : vous avez déjà un taux, vous voulez savoir ce qu'il laisse. Reprenons le même plaquiste, s'il facture 35 € de l'heure.
- Chiffre d'affaires : 35 × 1 228,5 = 42 998 €.
- Cotisations (21,98 %) : 9 451 €.
- Charges fixes : 9 000 €.
- Reste : 24 547 € par an, soit environ 2 045 € par mois — avant impôt, et à condition d'avoir vendu toutes ses heures facturables.
Dix euros d'écart sur le taux horaire, c'est ici près de 800 € de revenu par mois. Voilà pourquoi « le prix du coin » n'est pas une méthode.
En micro-entreprise : surveillez deux seuils
Un taux horaire correct fait vite grimper le chiffre d'affaires, et le régime micro a deux limites qu'il vaut mieux voir venir :
| Seuil | Ce qu'il déclenche |
|---|---|
| 37 500 € de prestations | La franchise en base de TVA. Au-delà, vous facturez la TVA : sans conséquence pour un client professionnel qui la récupère, mais un particulier paie plus cher ou vous rognez votre prix. |
| 83 600 € de prestations | Le plafond du régime micro pour les prestations de services (2026 à 2028). Au-delà, vous basculez au régime réel. |
Dans l'exemple, la main-d'œuvre seule représente environ 55 500 € par an : le seuil de TVA est déjà dépassé, avant même de compter les matériaux revendus. Le taux applicable à vos travaux est détaillé dans le guide de la TVA travaux.
Taux horaire et devis au forfait : le même chiffre
Vos clients veulent un prix, pas un taux. Mais un forfait n'est rien d'autre qu'un nombre d'heures estimé, multiplié par votre taux, auquel s'ajoutent les matériaux. Le taux horaire reste donc la base de chaque ligne de main-d'œuvre, même s'il n'apparaît jamais sur le devis.
C'est aussi ce qui rend le suivi indispensable : si la salle de bains chiffrée à 40 heures en prend 55, votre taux réel sur ce chantier n'est plus 45 € mais 33 €. La méthode pour le vérifier chantier par chantier est dans l'article sur la rentabilité d'un chantier.
En résumé
Partez du revenu que vous visez, ajoutez les cotisations sur la bonne base, ajoutez vos charges fixes, divisez par les seules heures facturables, puis appliquez votre marge en divisant. Refaites le calcul une fois par an, ou dès qu'une charge bouge. Pour le faire avec vos chiffres sans poser l'opération, le calculateur de taux horaire est gratuit et fonctionne dans les deux sens : du revenu vers le taux, et du taux vers le revenu.
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